Kaa (du Livre de la Jungle)

Version 2

On a l’impression que Naoki Amano, le manager du bar Nihonshu Stand Moto s’extirpe de la bouteille de ce bien nommé “Oeil du Serpent”… ou que celle-ci l’attrape par le col.
Ce saké est remarquable à plusieurs titres : Junmai Daiginjo, il fait partie de la catégorie supérieure des sakés d’appellation spéciale, mais surtout il a été engendré par des levures de vin, et mis en bouteille sans filtration (au charbon), sans pasteurisation ni dilution (Muroka, Nama, Gen-shu), dans un format magnum (1.5L) et non « issho » (1.8L), et marqué d’une étiquette que les amateurs de vin étrangers sauront déchiffrer assez aisément.
Saké de qualité, en bouche il me surprend un peu : j’avais des attentes d’acidité, mais c’est surtout l’amertume de fin de bouche qui me marque, alors que saké traverse la glotte … et il me fait penser qu’il porte bien son nom (une image toute personnelle des saveurs que le venin de serpent doit avoir !).
Comme souvent, je cherche à en savoir un peu plus, et me retrouve plongé dans un pan d’histoire. La maison qui le produit s’appelle Eiko Fuji (« Glorieux Mont Fuji »), est située à Yamagata, département d’origine du riz utilisé, Dewanosato. Ce kura a été fondé en 1778 (!), est dirigé par M. Kato, héritier à la 13ème génération, descendant direct du Daimyo Kiyomasa Kato (1562 – 1611). Kato (le daimyo) s’est illustré comme général sous Hideyoshi Toyotomi dans cette période sanglante Sengoku d’unification du pays, fait partie des « 7 lances de Shizugatake» qui ont porté Toyotomi au pouvoir quelque temps après cette bataille, était un des généraux en chef de l’invasion de la Corée sous ce même Toyotomi, puis a soutenu Tokugawa à la bataille de Sekigahara (21 octobre 1600, le même jour que ma dégustation, parlez d’une coïncidence !), avant de mourir brutalement dans des circonstances inexpliquées en 1611. Il a laissé l’image d’un soldat, féroce combattant, fervent bouddhiste Nichiren … sanglant envers les chrétiens du fief de Kumamoto (Kyushu) qu’on lui a confié. « Snake Eye », ce cercle rouge, se trouve être l’emblème (Kamon) de Kato, il est exposé sur la porte de la Maison de saké qui détient un morceau de son armure.
Le jour de ma dégustation, la barmaid (comme d’autres sur internet) m’avait expliqué que Snake Eye évoquait les cercles bleus concentriques dessinés au fond du kikochoko de porcelaine blanche, rappelant que cette boisson, qui par certains cotés tend vers un vin blanc restait un saké. Aussi sans doute … J’ai téléphoné pour vérifier, laquelle des deux histoires préférez-vous ?

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