Les cendres du Fuji

La dernière éruption du Mont Fuji remonte à 1707. Il retomba 3 mètres de cendres au pied du volcan, mais la nuit se fit aussi dans le ciel de Edo. Le sol se couvrit d’un tapis de 3 à 4 centimètres de cendres. J’y pense en regardant ce bateau qui s’apprête à se glisser sous le pont de Nihonbashi (qui enjambe la rivière au fond de la photo), le point kilométrique Zéro de la route du Tokaido, si important dans l’histoire du pays et son iconographie. A l’échelle de l’histoire du Japon, le développement économique puis la bulle des 30 années de croissance glorieuse n’ont ils pas finalement eu un effet semblable ? La nature et la culture se sont retrouvées couvertes d’un manteau gris souvent stérile. A Tokyo par exemple, rivières et canaux, et nombre d’avenues larges se sont retrouvés à l’ombre de un ou deux niveaux d’autoroutes sur piliers. Sans juger tant les contextes sont différents, imaginons la Seine, le Pont St Michel et le parvis de Notre Dame couverts d’un croisement autoroutier suspendu. Moins spectaculaire, il y a aussi ce magnifique pin qui a pu servir de fond de scène d’un théâtre Noh, à moitié masqué par un amoncèlement d’objets hétéroclites. La bonne nouvelle cependant, c’est que cette nature et cette culture ne sont pas toujours très loin. Il suffit de gratter un peu la cendre pour les faire resurgir, et en admirer la beauté à condition d’adapter son regard pour ne pas se laisser obséder par les cicatrices de l’après-guerre, dont certaines sont peut-être réversibles. C’est ce à quoi je m’emploie…

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