La face plus sombre de Tokyo


Bien sûr, Tokyo ne se résume pas à Ginza, Shibuya ou les jardins manucurés du Palais Impérial. La ville a son côté plus sombre, et ses zones défavorisées. J’essaie régulièrement de soutenir les Frères Missionnaires de la Charité, qui servent des bento aux sans-abris et travailleurs journaliers, leur apportant chaleur humaine et un abri temporaire.  Ils sont installés à un jet de pierre du carrefour de Namidabashi (le Pont des Larmes, qui enjambait une rivière maintenant enterrée), où les familles faisaient leurs adieux aux condamnés en route vers le lieu d’exécution de Kozukappara à la sinistre réputation. Le terrain lui-même est maintenant couvert par les voies ferrées de la station Minami Senju. Deux temples associés au lieu demeurent, en particulier Enmeiji (dont les caractères signifient ironiquement le « temple de la longue vie »!) et sa grande statue de Jizo, bouddha qui s’occupe des âmes des défunts. Celle-ci devait sans doute sortir du paysage, et attirer les regards des condamnés, très près du lieu de leur dernier soupir. Près de ce lieu impur lié à la mort, vivaient les Eta, l’équivalent japonais des intouchables d’Inde, s’employant à toutes les tâches considérées impures (cuir, abattage, etc.). Le quartier, appelé San’ya, est aujourd’hui habité par une grande communauté de journaliers ( on les voit souvent agiter des drapeaux et aider la circulation dans les rues de Tokyo, autour des lieux en travaux), ainsi que par la frange la plus pauvre de la société japonaise, mais pas seulement. Cela reste Tokyo, les rues sont encore incroyablement propres, mais les bâtiments très détériorés et les volets roulants rappellent que l’avenir (illustré par la tour Skytree, voisine) peut encore sembler très loin la-bas.
A proximité se trouvaient aussi Yoshiwara et surtout Shinyoshiwara, les quartiers clos aux lanternes rouges, leurs «maisons de thé», bordels et autres lieux de divertissements, souvent souvent représentés dans les estampes Ukiyoe ainsi que leurs « habitants ». Le temple Jokanji témoigne du sort de ces jeunes filles asservies à partir de l’âge de 17 ans, et le plus souvent décédées de maladie ou parfois assassinées par leurs clients très précocement. Je lis que celles qui ont survécu ont pu éventuellement quitter l’enceinte après 10 ans de service. On estime que plus de 25 000 de ces femmes ont été enterrées au temple. En particulier, un monument garde les urnes contenant les restes de 500 d’entre elles brûlées vives à la suite d’un grand tremblement de terre survenu en 1855. Leurs corps ont été jetés dans le temple grossièrement et enterrés. Jokanji a été depuis surnommé Nagekomidera (Nageku signifie jeter). Les tombes aux rangs très serrés là-bas vous parlent d’un certain nombre de drames qui sont parfois devenus des contes populaires et des pièces de théâtre Kabuki. Cependant, tout n’est pas que sombre. Voyez la dame avec son seau d’eau, s’inclinant devant ce Shinyoshiwara Soureito, le monument en pierre érigé pour réconforter les âmes des prostituées décédées? Résidente locale venue visiter la tombe de son père, elle est venue vers moi pour un échange, me promenant dans le cimetière pour me raconter quelques-unes de ces histoires tout en se lamentant un peu sur les changements dans l’environnement du sanctuaire (immeubles quelconques visant à amener plus de résidents dans le quartier), qui en ont brisé le charme. Après un deuxième échange surprenant avec un autre homme à l’extérieur du temple, mon cœur s’est réchauffé.

Japanthis.com par Marky Star est un excellent blog qui vous renseignera l’histoire des lieux d’execution (et autres endroits) à Tokyo.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s