La plus petite Kura du Japon?

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Pourquoi Yamauchi Shuzou s’y est-il installé en ce lieu, à 540 mètres d’altitude, dans une vallée étroite, assez éloignée du Nakasendo (l’ancienne route entre Edo et Kyoto à travers les montagnes) ou des villes se développant au pied des collines abritant les châteaux féodaux?

La réponse est l’eau, abondante, pure et claire, jaillissant dans la colline derrière la Kura.

Tandis que la Kura a survécu pendant 21 générations, elle ne produit actuellement qu’une faible fraction de sa capacité: environ 20 Koku, soit 3600 litres de saké seulement, durant les mois les plus froids de l’année (température de 2 degrés Celsius à l’intérieur par une belle journée ensoleillée). Cela en fait l’un des plus petits Kura producteurs du pays, sinon le plus petit.

L’héritier et propriétaire actuel, paysan, l’exploite avec un strict minimum d´équipement mécanique ou électrique avec d’autres agriculteurs, depuis un certain nombre d’années, lorsque les champs ne les obligent pas à y travailler. Comme nous l’avons découvert quand nous sommes arrivés, ils utilisent encore un beau pressoir de type Fune (Fune signifie vaisseau), fait de planches de bois massif marquées par le temps. Un pressoir Fune est une sorte de baignoire avec un trou dans le fond et un couvercle qui peut être vissé sur des sacs remplis de Moromi (moût de fermentation). Il semble que l’équipe de Yamauchi Shuzou remplit ces sacs manuellement.

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Il y a quelques années, le Kura a reçu l’aide d’Oga san, marchand de saké (pas de site internet) de la ville de Nakatsugawa (préfecture de Gifu), qui a relevé le défi d’apprendre l’art de produire du saké et de passer du temps au centre de recherche sur le saké de la préfecture de Hiroshima. En raison de la santé fragile de M. Yamauchi, il est maintenant le principal responsable chez Yamauchi Shuzou. Cette année, il a réalisé la première cuve de saké dont il a eu totale responsabilité. Tandis que M. Yamauchi fait son saké à partir de Hidahomare local (un riz de saké de la préfecture de Gifu), Oga san a choisi Gohyakumangoku (une autre variété de riz de saké, très populaire, où les grains de riz ont été polis jusqu’à 55% de leur masse initiale). Il était inquiet de notre jugement sur son « bébé », que presque personne n’avait goûté. Junmai sec, clair, fidèle à l’eau utilisée pour le brassage, je le qualifierais aussi de gouleyant, plutôt masculin, destiné à mettre en valeur la nourriture savoureuse locale pendant tout un repas. Le reste de la production de l’année est réalisée à partir du riz cultivé par le Kuramoto et ses adjoints.

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Oga San a suggéré que nous grimpions l’échelle raide qui mène au grenier en mezzanine. Il était jonché d’anciens outils utilisés à la Maison, et constitue une sorte de musée d’histoire sans conservateur.

J’ai beaucoup aimé la visite. Yamuchi shuzou (pas de site internet !) est un endroit où l’on ressent vivement la dimension artisanale de la fabrication du saké, dans les nombreuses opérations et décisions que le Toji ou le Kuramoto doivent assurer. Comme le dit Oga san, « On ne peut pas se cacher. Nous produisons une seule cuve de chacun de nos saké dans l’année, nous ne pouvons pas ajuster le goût en les mélangeant les unes avec les autres, ce qui sera sera …. ». Et cela signifie que le saké est différent chaque année aussi!

Dans la courte sélection de sakés de la région de Higashi Mino (villes de Nakatsugawa et Ena) que j’avais reçue de mon hôte avant de me rendre à Nakatsugawa, le Tokubetsujunmai de Yamauchi Shuzou était le plus charpenté, assez puissant, révélant rapidement une acidité qui vient équilibrer la douceur relative, et se terminer en une petite pointe d’amertume. Il provenait de riz à saké Hidahomare de Gifu. Ses saveurs un peu mûres m’avaient incité à essayer un accord avec un fromage bleu français … puis la raclette (bouteille du milieu). Ce fut un succès, mais il s’est avéré être aussi un très bon compagnon pour le filet de chevreuil rôti avec lequel nous l’avons associé à Ena (préfecture de Gifu).

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The smallest Kura in Japan?

 

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Why did Yamauchi Shuzou settle there in the first place, at an altitude of 540 meters, in a narrow valley, quite a distance away from Nakasendo (the old commercial route between Edo and Kyoto through the mountains) or the towns developing at the bottom of feudal castles?

Water is the answer, abundant clean clear water springing behind the Kura.

While the Kura survived over 21 generations, it is now producing a tiny fraction of its capacity: about 20 Koku, i.e. 3,600 liters of sake only, during the coldest months of the year (temperature was 2 degrees Celsius inside the Kura while we were there, on a sunny day outside). It makes them one of the smallest commercial producers in the country, if not the smallest.

The current heir and owner has been operating it with barely any mechanical or electrical equipment, with fellow farmers, for a number of years, when the fields do not require them to work there. As we found out when we arrived, they still use a beautiful Fune press (Fune means vessel (boat)), made of seasoned massive wooden planks. A Fune press is a sort of tub with a hole at the bottom and a lid that can be screwed with a crank over bags filled with Moromi (fermenting mash). It seems the team at Yamauchi Shuzou fills such bags entirely manually.

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A few years ago the Kura received the help of Oga san, sake retailer (no website) in the town of Nakatsugawa (Gifu Prefecture), who heartedly took on the challenge of learning sake brewing, spending time at the sake brewing research center in Hiroshima Prefecture. Because of the fragile health of Mr. Yamauchi, he is now the man in charge. This year he brewed the fist sake tank he was fully responsible for and wanted to hear our judgment, since almost no one had had the privilege of tasting it. While Mr. Yamauchi brews sake from local Hidahomare (a sake rice from Gifu Prefecture), Oga san chose Gohyakumangoku (another sake rice variety, highly popular, where rice grains had been polished to 55% of their initial mass), and produced a clean, very dry Junmai. Faithful to the water used to brew such sake, I would qualify it as easy-to drink, quite masculine, designed to support local flavourful food during a whole meal. The rest of the production is brewed from rice cultivated by the Kuramoto and his aides.

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Oga san suggested we climb the steep ladder to the attic. It was full of ancient tools used at the brewery, a sort of sake history museum without a curator.

I enjoyed the visit very much. Yamuchi shuzou (no website!) is a place where one feels the craftsmanship that sake brewing requires, in the many operations and decisions that the Toji or Kuramoto need to make. As Oga san puts it, there is no cheating. “We produce a single tank of each of our sake each year, we cannot adjust the taste by blending one with another, it is what it is”. And it means sake is different every year as well!

In the short selection of sake from the Higashi Mino region (Nakatsugawa and Ena cities) I had received from my host before making my way to Nakatsugawa, the Tokubetsujunmai from Yamauchi Shuzou had the strongest acidity and fullest body. All were Junmai sake brewed from Hidahomare in Gifu. It had sort of mature flavors as well, which had prompted me to try a pairing with a French blue cheese … then raclette cheese (the bottle standing in the middle). It was a success, and it turned out to be a very good companion for the roast deer fillet we paired it with in Ena (Gifu Prefecture) as well.

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“Chiyo no Matsu”, inspiré des écrits des moines de Kofuku-ji

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Comment faire du saké avec du riz presque complet, à quoi ressemble ce saké?

Dans la quête d’un Nihonshu délicat, très aromatique, presque éthéré, les machines et la technologie jouent un rôle important, à commencer par la toute première étape de la production du saké: le polissage du riz. Ces 40 dernières années, nous avons assisté à un fort développement de la classe de saké Daiginjo. Elle commande que le riz soit poli à 50% ou plus (Seimaibuai – la masse résiduelle après polissage – doit être mesurée à 50% ou moins).

Il semble même y avoir une sorte de compétition entre quelques Maisons pour lancer des produits sur le marché avec un Seimaibuai extrêmement bas, une affirmation de leur maîtrise du processus de polissage et de fermentation, de leur recherche du saké le plus raffiné. Lancé il y a 10 ans, Dassai 23 (23 pour 23% de Seimaibuai, soit 77% de la masse polie et éliminée) constituait un record pour un saké distribué dans le commerce, et Asahi Shuzou a beaucoup communiqué sur le délicat processus de polissage jusqu’à ce niveau, sans casser, chauffer ou sécher les grains. Un tel polissage dure environ 7 jours. Nous avons depuis vu sortir des sakés avec des chiffres de Seimaibuai plus bas, en particulier pour le riz utilisé pour produire du Koji. Cependant ce type de saké n’est sans doute pas commercialisé avec autant d’ampleur que Dassai 23.

Dans le même temps, le balancier de la pendule du polissage du riz a commencé à osciller dans l’autre direction, à mon avis. Economie et finances militent en faveur d’un polissage moindre bien sûr (moins de gaspillage), mais je crois que la force motrice principale va au-delà de l’économie, et constitue une nouvelle tendance: le développement du saké exprimant un terroir, le goût du riz local. Un tel Sakamai (riz à saké) est de plus en plus souvent cultivé avec des procédés respectueux de l’environnement (Zéro ou faible apport de pesticides et d’engrais). On ne veut pas trop le polir et “gaspiller” cette précieuse matière première.

Certaines Maisons expérimentent la production de saké à partir de ce riz presque pas poli. Cela les met face à de nouveaux défis, quoique que je devrais écrire de «vieux» défis, car en effet, un Seimaibuai élevé nous ramène au bon passé: la période pré-Hiroshima (les premières machines à polir le riz électriques sont développées par M. Satake, à Saijo, département de Hiroshima, à partir de 1896) ou même la période pré-Edo (à l’ère Edo, les producteurs de Nada, première région du Japon pour son saké, utilisaient des batteries de mortiers actionnés au pied ou à la force des moulins à eau).

Parfois, les sponsors de telles “expériences” ne sont pas les Maisons elles-mêmes. Sugimoto san est un distributeur de saké bien établi dans la ville de Nara. Chez Momotaro, il ne vend que du saké de Nara et des produits connexes.

Tirant parti de son expérience locale, il travailla avec Yoshimura Shuzou (Uda, département de Nara) pour produire un Nihonshu à partir de riz avec un Seimaibuai de 95%, c’est-à-dire moins poli que le riz blanc que nous consommons habituellement.

Pour préparer du saké à partir de riz presque complet, ils ont trouvé leur inspiration dans les vieux registres de Kofuku-ji, un temple bouddhiste majeur dans la ville de Nara, et plus spécifiquement les recettes écrites pour le saké produit au temple il y a plus de 500 ans.

Tandis que la marque officielle pour le produit est “Chiyo no Matsu”, le saké est désigné par Sugimoto san comme “Sobo no sake”, le saké produit par des moines (comme indiqué sur l’étiquette).

Une différence entre le saké produit à Nara au temple Kofuku-ji et le saké qui sera produit autour d’Itami et de Nishinomiya (la région de Nada) à l’ère Edo, est le nombre d’étapes où le riz, le Koji et l’eau sont ajoutés au pied de cuve, dans le fût contenant le Moromi (moût de fermentation). Depuis l’époque Edo, la plupart des sakés sont produits à partir de Sandan Jikomi (3 ajouts sur 4 jours).

Pour le saké produit à partir de riz très grossièrement poli, trois ajouts ne sont pas suffisants pour éviter que le saké gagne un goût “Nuka”, les couches extérieures des grains de riz, qui contiennent les graisses, les minéraux et les protéines éliminés par le polissage. Le Nuka est une sorte de farine rougeâtre légèrement huileuse, qui est utilisé pour mariner des légumes (ou comme nourriture pour animaux). Il semble que les moines de Kofuku-ji aient couché sur papier une méthode de production reposant sur 5 ajouts successifs de Koji et de riz, mais Yoshimura Shuzo a développé une nouvelle recette utilisant 8 ajouts successifs (Hachidan Jikomi). On peut arguer que les moines utilisaient probablement des récipients en céramique relativement petits (fermentation plus facile à contrôler). Après le pressurage du moût, le saké n’est pas filtré au carbone (Muroka), ni dilué (Genshu).

A quoi ressemble t-il à l’œil et en bouche ?

Comme illustré par la photo, Chiyo no Matsu a une couleur ambre clair, et semble plus épais que la plupart des sakés.

Malgré la petite taille du verre de dégustation que j’utilisai, des arômes appétissants et puissants de pruneau emplirent immédiatement mes narines.

Comme la bouche le confirme instantanément, Chiyo no Matsu a une teneur en sucre relativement élevée. Son Nihonshudo (« degré de saké ») est de moins 29. Le Nihonshudo mesure la densité du saké comparée à celle de l’eau pure à 4 degrés; alors que l’alcool pur est plus léger que l’eau (son Nihonshudo est positif), une valeur négative indique que le saké est plus lourd que l’eau, ce qui indique la présence d’autres composants, notamment des sucres et des protéines.

Chiyo no Matsu a du corps, mais n’est pas sirupeux en bouche. En effet, les papilles sont excitées par une forte acidité, qui équilibre le goût. L’acidité (mesurée en g/L, c’est la masse des acides, convertie en équivalent acide succinique) est d’environ 3,1 g / L. Elle doit être comparée à la valeur moyenne pour le saké traditionnel bien en dessous de 2,0 … et à la valeur pour les vins blancs, proche de 4,0 traditionnellement. La teneur en alcool est de 16%, un pourcentage plutôt bas pour un saké non dilué, mais cohérent avec le Nihonshudo. La levure n’a pas été « capable » de transformer tout le sucre avant que le moût ne soit pressé, pour éviter le développement de saveurs indésirables.

Cette année 2017-2018 (les années du calendrier du saké débutent en juillet), la Maison Yoshimura travaille le Tsuyuhakaze露葉風, un riz à saké local de Nara, et la levure Yama no Kami (littéralement «Le Dieu de la Montagne»), une levure à saké “ressuscitée” à partir de vieilles jarres à saké trouvées dans des fouilles archéologiques au sanctuaire d’Omiwa. Situé à Sakurai, (département de Nara), Omiwa serait le premier sanctuaire shintoïste du Japon, et le lieu de naissance du saké. Omiwa n’est pas un bâtiment, mais une montagne. Chaque année, les maîtres de chais s’y réunissent pour y prier pour une bonne saison de production de saké.

Chauffé, Chiyo no Matsu paraît moins sucré (la langue ne perçoit pas aussi intensément la douceur à mesure que la température s’élève), d’autant plus que l’acidité se fait plus intense. Un tel saké doit être associé à une nourriture savoureuse au goût affirmé.

Dans l’ensemble, Chiyo no Matsu révèle un fort umami, offre une expérience agréable, crée une vraie surprise … et raconte une belle histoire.

“Chiyo no Matsu”, inspired by the written records of Kofuku-ji monks

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How do you brew sake if rice is not polished, and how does such sake look and taste like?

In the quest for delicate, highly fragrant, almost ethereal Nihonshu, machines and technology are playing an important role, starting with the very first step in sake brewing: rice polishing. Over the last 40 years we have seen a rapid development of the Daiginjo class of sake, a grade requiring rice to be polished 50% or more (Seimaibuai – the residual mass after polishing – needs to be measured at 50% or less).

There even seems to be sort of a competition amongst a few brewers to release products on the market with extremely low Seimaibuai, a statement about their mastery of the polishing and fermentation process, their search for the most refined aromatic sake. When released 10 years ago, Dassai 23 (23 for 23% Seimaibuai, i.e. 77% polished off) was a record for a widely distributed sake, and Asahi Shuzou the company communicated on the delicate process of polishing rice down to that level, without breaking, heating or drying the kernels. Such polishing lasts about 7 days. We have seen sake with lower Seimaibuai numbers since, in particular for the rice used to produce Koji, however such sake are not marketed or sold as broadly as Dassai 23.

At the same time, the pendulum of rice polishing has started to shift back, in my opinion. Economics are in favour of a lower polishing of course (less waste), but I believe the driving force goes beyond economics, and is a new trend: the development of sake expressing a “terroir”, the taste of the local rice. Such Sakamai (sake rice) is more and more often cultivated with environmental friendly processes (Zero or low additions of pesticides and fertilizers). One does not want to polish it too far, and “waste” this valuable raw material.

Some brewers are experiencing with brewing sake from such rice almost whole (unpolished). This leads them to deal with new challenges, although I should write “old” challenges, because in effect, higher Seimaibuai takes us back to the old times: pre-Hiroshima sake (made possible by electrical rice polishing machines, developed by Mr. Satake, in Saijo, Hiroshima Prefecture, from 1896) or even pre-Edo sake (produced with the help of large scale mortars powered by foot or waterwheels, in Nada in particular, the largest sake production in Japan).

Sometimes the sponsors for such “experiences” are not the brewers themselves. Sugimoto san is a well-established sake retailer in Nara city. At Momotaro, he only sells Nara sake and related products.

Leveraging his huge local experience, he worked with Yoshimura Shuzou (Uda, Nara Prefecture) to produce a Nihonshu from rice with a Seimaibuai of 95%, i.e. polished less than the white rice we ordinarily consume as food.

To brew sake from almost whole rice, they found their inspiration in the old records of Kofuku-ji, a major Buddhist temple in Nara city, and more specifically the written recipes for sake brewed at the temple more than 500 years ago.

While the official brand for the product is “Chiyo no Matsu”, the sake is referred to by Sugimoto san as “Sobo no sake”, sake produced by monks (as written on the label).

One difference between sake produced in Nara at Kofuku-ji Temple and the sake that would be produced around Itami and Nishinomiya (the Nada region) in Edo times later, is the number of steps where rice, Koji and water are added to the yeast starter in the tank containing the Moromi (fermenting mash). Most sake brewing has been based on Sandan Jikomi (3 additions over 4 days) since Edo times.

For sake brewed from very roughly polished rice though, three additions are not sufficient to ensure the mash will not yield a sake tasting like “Nuka”, in effect the outside layers of rice kernels, containing fats, minerals and proteins, removed by polishing. Nuka is sort of reddish slightly oily flour, and is used for vegetable pickling (or as animal food). It seems that Kofuku-ji monks had recorded a brewing method with 5 additions of Koji and rice, however Yoshimura Shuzo actually developed a new recipe using 8 successive additions (Hachidan Jikomi). Arguably, monks were probably using relatively small ceramic containers (more control). After the pressing of the Moromi, sake is not filtered with charcoal (Muroka), and not diluted (Genshu).

How does it look and taste like?

As illustrated by the picture, Chiyo no Matsu has a sort of a light amber color, and looks thicker than most sake.

Despite the small size of the tasting glass I was using, appetizing, strong aromas of prune (dried plums) filled my nostrils immediately.

Then as the tongue confirms instantly, Chiyo no Matsu has a relatively high residual sugar content. Its Nihonshudo (sake meter value) actually is minus 29. Nihonshudo measures the density of sake compared to the density of pure water at 4 degrees Celsius; while pure alcohol is lighter than water (and its Nihonshudo is positive), a negative value indicates that sake is heavier than water, indicating the presence of other components, sugar in particular.

While full-body, Chiyo no Matsu does not taste syrupy in the mouth. As a matter of fact a strong acidity kicks in rapidly and plays a balancing role. The acidity (measured as the quantity in g/L of acids, expressed after rebasing masses to succinic acid’s mass) is about 3.1 g/L. It should be compared with an average value for traditional sake well below 2.0, and a value close to 4.0 traditionally for white wines.

Alcohol content is 16%, a number on the lower side for undiluted sake, consistent with the Nihonshudo. The yeast was not able to transform all the sugar before the mash was pressed, before unwanted flavours develop.

This 2017-2018 brewing year (brewing year starts in July), the brewery has been working with Tsuyuhakaze 露葉風, a local Nara sake rice, and Yama no Kami sake yeast (literally “The God of the Mountain”), “resuscitated” from old sake pottery vessels found in archeological excavations at Omiwa Shrine. Located in Sakurai, (Nara Prefecture), Omiwa is said to be the very first Shinto shrine in Japan, and the birthplace of sake. Omiwa is not a building, but a mountain. Every year sake brewers gather there to pray for a good brewing season.

When Chiyo no Matsu is warmed up, it tastes less sweet (the tongue does not as acutely perceive the sweetness at higher temperatures), all the more as the acidity stings even more.

Such sake should be paired with flavorful, savory food.

Overall, Chiyo no Matsu has a good ricy umami, offers a pleasant drinking experience, creates a real surprise … and tells a great story.

Pour l’amour du whisky et de Rita

En 2001, suite à une dégustation à l’aveugle, un prestigieux magazine européen de whisky décerne le prix du « best of the best » à un nectar de dix ans « single cask » produit … au Japon par une société appelée Nikka. Ce fut une mini-révolution dans le monde du whisky, et un moment décisif pour les marques de l’archipel. Comme mes lecteurs le savent, elles ont depuis conquis le monde. Sur un plan plus émotionnel, ce résultat est l’incroyable « happy end » d’une utopie, celle de Masataka Taketsuru (né en 1894, surnommé Mas’san) et de sa bien-aimée épouse Jessie Roberta Cowan (surnommée Rita). Leur histoire, leur romance, a fait l’objet de la série télévisée quotidienne du matin de la NHK il y a quelques années, et je l’ai suivie avec beaucoup d’intérêt. Fils d’un brasseur de saké de la région de Hiroshima, Mas’san s’intéresse vivement à la production d’alcools de type occidental au moment où le Japon commençe à les importer et à les distribuer, mais où seules de pâles copies sont produites localement. En 1918, il navigue vers l’Écosse pour apprendre la chimie appliquée à Glasgow et la technique de distillation du whisky chez Longmorn. Par l’intermédiaire d’une de ses camarades d’université et du judo, il rencontre une jeune fille fragile nommée Rita, et bientôt ils décident de se marier, malgré l’opposition des Cowan. Ils retournent au Japon en 1920, où Rita passera le reste sa vie. En 1934, Mas’san décide de prendre le risque de construire une distillerie à Yoichi, Hokkaido, un pays rural et assez isolé. Hokkaido n’avait été officiellement colonisé par le Japon que 50 ans plus tôt (aujourd’hui Yoichi est à environ une heure de train de Sapporo). Ils traversent de nombreuses difficultés mais le premier whisky Nikka sort du chai en 1940. Mas’san avait choisi Yoichi en raison de ses nombreux points communs avec les Highlands (climat et environnement naturel). Mari attentionné, riche de nombreuses passions, Mas’san s’éteint en 1979, 18 ans après son épouse.

J’ai pris beaucoup de plaisir à visiter la distillerie Northland Nikka. Tant de scènes du film avaient été tournées là-bas. Le bâtiment où se déroule la distillation conserve le premier alambic commandé par Masataka Taketsuru (deux alambics au minimum sont nécessaires pour une double distillation « à la repasse » en général, mais la compagnie n’avait pas suffisamment de fonds), et la ligne des alambics continue à être chauffée au charbon directement, une installation devenue rare dans le monde du whisky, nécessitant des techniciens hautement qualifiés. Il y a quelques années, j’ai visité la Maison de saké Taketsuru à Takehara, dans la préfecture d’Hiroshima. C’est là que Mas’san est né, a grandi et a travaillé pendant quelque temps, avant de se lancer dans son aventure. Cela a dû être un crève-cœur pour son père de devoir remettre l’entreprise familiale à un parent. Le petit musée intéressant de la distillerie de Northland nous en apprend beaucoup sur Masataka Taketsuru. Epoux attentionné riche de nombreuses passions, il eut un accident dans les escaliers de la maison familiale à l’âge de huit ans, déchirant son nez. Il reçut sept points de suture, mais cet accident lui permit de développer un sens aigu de l’odorat, un talent très utile pour le reste de sa vie consacré au « blending ».

For the love of whisky and Rita

In 2001, the “best of the best” whisky winning a blind tasting competition organized by a prestigious European whisky magazine was a 10-year single cask spirit … produced in Japan, by a company called Nikka: a mini-revolution in the world of whisky, and an important moment for Japanese brands business wise. As my readers will know, they have since conquered the world. Emotion-wise, this was the incredible “happy end” of an utopia, the dream of Masataka Taketsuru (born in 1894, nicknamed Mas’san) and his beloved supporting wife Jessie Roberta Cowan (nicknamed Rita). Their story, their romance, was the subject of the daily NHK morning drama a few years ago, and I followed it with great interest. The son of a sake brewer from the Hiroshima region, Mas’san got keenly interested in the production of Western spirits at a time Japan started to import and distribute them, but was able to locally produce pale copies only. In 1918, he ended up sailing to Scotland to learn applied chemistry in Glasgow and train at local Longmorn whisky distillery. Through one of his fellow students and Judo, he met a fragile young lady named Rita, and soon they decided to get married, despite the opposition of her parents. They came back to Japan in 1920, where Rita would spend the rest of her life. In 1934 Mas’san decided to take the risk to build a distillery in Yoichi, Hokkaido, a rural, quite remote country. Hokkaido had only been formally colonized by Japan about 50 years earlier (today Yoichi is about 1 hour away from Sapporo by train). They went through a lot of hardship but the first Nikka whisky was released in 1940. Mas’san had chosen Yoichi because of its similarities with the Highlands (climate and natural environment). A loving husband with many passions, Mas’san died in 1979, 18 years after his wife.

I truly enjoyed the visit of the Northland Nikka distillery. So many scenes of the movie had been shot there. The still house in particular still has the first copper still ordered by Masataka Taketsuru (a minimum of two is necessary in general, for a double distillation, however the company did not have sufficient funds), and the still line continues to be heated with coal directly. This rare process in the world of whisky today requires highly skilled workers. A few years ago I visited the Taketsuru brewery in Takehara, Hiroshima Prefecture. That is where Mas’san was born, raised and actually worked for a while, before embarking into his adventure. It must have been heart breaking for his father to have to hand over the family business to a relative as a result. The interesting small museum at Northland distillery tells us a lot about Masataka Taketsuru. A family man with many passions, he had an accident in the stairs of the sake brewery when he was eight years old, hurting his nose badly. He required seven stitches, but this accident actually led him to develop an acute sense of smell, a very useful talent for the rest of his life devoted to blending.