Correspondances

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« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers. »

Côte à côte, deux photos prises par ce cher Cédric en visite au Japon, à quelques heures d’intervalle (et quelques kilomètres de distance). A gauche, le cèdre sacré du Sanctuaire Takagamo au pied du mont Kongo (Katsuragi) et à droite un des piliers du Temple Todaiji de la ville de Nara.

Ils nous plongent dans un passé lointain, puisque ce sanctuaire de Katsuragi, qui porte le nom d’un puissant clan de la région (« Haut Sanctuaire Kamo »), fut sans doute un des tout premiers consacrés dans le pays, dans ce bassin de Yamato qui a vu naître la civilisation japonaise que nous connaissons. Au 6ème siècle arrivait le Bouddhisme, et au début du 8ème siècle l’Impératrice Genmei s’installa un peu plus au Nord à Heijo-kyo, qui prendra le nom de Nara. Le clergé du sanctuaire de Takagamo-jinja déménagea vers Nara puis suivit un siècle plus tard à nouveau le mouvement de la capitale impériale vers Kyoto, donnant naissance à Shimogamo-jinja et Kamigamo-jinja, tous deux inscrits aujourd’hui au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Inscrit à ce même Patrimoine, Todaiji (le « Grand Temple de l’Est ») fut quant à lui fondé en 745 et resta un des grands temples de l’Empire. Le bâtiment principal fut reconstruit (à taille réduite de 1/3) au 17ème siècle après qu’un incendie le ravagea dans une n-ième guerre de clans.

Ces fûts constituent aussi une belle illustration de ce qui grossièrement sépare le culte shinto, animiste, déifiant les forces et éléments naturels remarquables (montagnes, rochers, arbres, cascades …), et le Bouddhisme, plus intellectuel, qui va mettre le génie humain au service de la gloire du Bouddha. Du fait de sa proximité avec le pouvoir et les élites, le Bouddhisme a su intégrer le culte shinto (on trouve très souvent un sanctuaire shinto dans l’enceinte des temples), mais aussi créer une sorte de hiérarchie, exprimée dans l’architecture : plan simple et matériaux naturels (bois, chaume) pour le sanctuaire contre structures élaborées, tuiles et métaux pour le temple (dont l’or fin qui couvrait à l’origine l’immense Bouddha de Todaiji). Cela durera jusqu’à la Restauration Meiji qui mettra à mal la domination du Bouddhisme, d’origine étrangère, au profit de la construction d’un shintoisme d’Etat à la gloire de la lignée impériale.

Ce sont deux lieux qui restent, d’une manière différente, très inspirants ….

« Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens. »

Charles Baudelaire

 

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