Yabusame

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Le Yabusame (tir à l’arc à cheval) possède environ 1500 ans d’histoire au Japon. Il fut très tôt un rituel Shinto (« Shinto » = la voie des divinités). Le nombre de cibles percées par l’archer galopant à travers le sanctuaire avait valeur d’oracle. Cet art martial est représenté par différentes écoles à travers le pays. La première cérémonie de Yabusame à Tsurugaoka Hachimangu (Kamakura) a eu lieu en 1187. C’est à cette époque que les samouraïs, dirigés par Minamoto no Yorimoto en particulier, concentrent pour la première fois le pouvoir politique dans l’histoire du Japon. La vénérable école Ogasawara exécute ce rituel à Kamakura depuis environ 800 ans. Les archers sont vêtus d’un costume formel traditionnel dont les pièces remarquables comprennent un étrange chapeau conique, un vêtement de soie très structuré traditionnellement porté sous une armure, une large ceinture en fourrure et des chaussures de tir à l’arc en peau de daim. Ils portent un long katana, un sabre court, et un arc long. C’était un honneur d’être invité à s’asseoir près de la piste, près de la deuxième cible (sur trois). De là, j’ai pu apprécier les talents et le courage nécessaires à la pratique cet art. Certains chevaux galopaient à perdre haleine et les cavaliers avaient à peine le temps de les ralentir et de sauter de la selle au bout de la piste très étroite, longue de 255 mètres.

Nombre de personnes participent au rituel, du grand maréchal (Bugyo, juge principal) aux Yabiroi, de jeunes garçons ramassant les flèches du sol avec précaution et les ramenant au point de départ.

Avant le Yabusame lui-même, les arcs et les flèches sont bénis dans la salle de prière du sanctuaire, dont l’autel est couvert d’offrandes, et les archers reçoivent le O-miki, saké consacré.

 

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Fondamentaux économiques

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Le Premier ministre Abe a déclenché une élection anticipée de la Chambre des Représentants. L’enjeu est l’avenir de l’augmentation de 2% de la TVA prévue pour octobre 2019 (de 8% à 10%), sur laquelle les principaux partis se sont mis d’accord en 2012, et plus précisément l’allocation des revenus budgétaires supplémentaires attendus (entre l’aide sociale et le remboursement de la dette). Peu de temps auparavant, le ministère de la Santé, du Travail et du Bien-être Social avait publié le résultat de leur enquête régulière sur les conditions de vie des citoyens japonais. Les revenus des ménages sont en 2015 légèrement supérieurs à ceux de 2013, mais encore nettement inférieurs au niveau du milieu des années 90. La chaîne NHK faisait état de la consommation croissante de canettes de “Can ChuHi” (lire “canne chu aïe”) à fort degré d’alcool (9%), un mélange d’extraits d’agrumes et de distillats (voir photo, source: site de Takara Shuzou). Il faut dire qu’à 280 yens pour 500ml (hors taxe), c’est peu cher ! Cela m’a conduit à rassembler des données économiques pertinentes pour comprendre l’environnement de l’industrie des boissons alcoolisées, à tracer une perspective historique et à comparer avec quelques autres pays.

Revenus des ménages:

Le revenu moyen des ménages japonais était d’environ 5,45 millions de yens en 2015 (soit Eur 41k au taux de change actuel), légèrement supérieur au plancher de 2013, mais encore environ 18% inférieur au pic de 1994, avec 6,6 millions de yens (Eur 50k). Le chiffre médian était de 5.4 mio de yens en 1995 (Eur 41k), il a baissé 4.8mio de yens (Eur 36k). Dans cet intervalle, l’indice (global) des prix à la consommation a augmenté d’environ 3%. Les ménages japonais connaissent donc bien une baisse de leur pouvoir d’achat.

Pour une comparaison, j’ai extrait des données de l’indice OCDE Better Life. Ajusté des Parités de Pouvoir d’Achat (PPA), le revenu disponible moyen net ajusté pour les ménages japonais (*) était d’environ 27 300 USD en 2015, plus élevé que le Royaume-Uni (26 700 USD), mais inférieur à la moyenne de l’OCDE (29 000 USD), la France (29 800 USD) ou les États-Unis (41 100 USD).

Consommation d’alcool:

La consommation moyenne de boissons alcoolisées des adultes japonais a culminé en 1992 à 101,8 litres par personne et par an (source : National Tax Administration, administration fiscale). Le point bas du cycle est maintenant. Le dernier chiffere connu (2014) est de 80,3 litres.

Exprimés en litres d’alcool pur, les chiffres sont respectivement de 8,09 et une estimation de 7+ litres (donnée 2014 pas disponible, source Organisation Mondiale de la Santé). En passant, les Tokyoites boivent plus d’alcool que toute autre régions d’assez loin, et les hommes consomment un peu plus de deux fois plus d’alcool pur que les femmes. Des facteurs tels que la santé et la mode jouent un rôle dans le changement des comportements cependant la baisse du revenu disponible semble bien être un facteur explicatif pour le Japon.

Je lisais par ailleurs que la dépense en alcool se situe en moyenne entre 1 et 2% des revenus disponibles. Cela donne un ordre d’idée des montants en valeur.

Sur la scène internationale, j’ai été surpris par les données sur la consommation d’alcool à long terme publiées par la même OMS, en particulier la forte baisse de la consommation d’alcool dans un pays comme la France depuis plus de 50 ans, en lien avec la forte baisse de la consommation de vin. La France reste toujours “leader” du peloton aujourd’hui (pour le meilleur ou pour le pire), mais l’écart s’est très fortement réduit.

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L’autre élément important à prendre en compte ici est le déclin de la population globale japonaise, qui limite de manière absolue la croissance des chiffres de consommation au Japon (en volume).

Qu’est-ce que les Japonais boivent?

L’administration fiscale japonaise rapporte une forte baisse de la consommation de nihonshu (saké ; de 15,7% en 1989 à 6,7% de la consummation aujourd’hui), de la consommation de bière (71% à 31,2%), une augmentation modeste de la consommation de vin (4,3% aujourd’hui), une augmentation du shochu ( alcool distillé à partir de céréales telles que le riz ou le blé, ou les pommes de terre: 5,8% à 10,4%, passé devant le nihonshu donc; notons que 2014 se situe sous 2008 cependant) … et une forte augmentation des boissons à base de liqueurs et spiritueux. Encore une fois, alors que le monde entier associe le Japon au saké et le saké au Japon, la boisson alcoolisée quintessentielle du pays y est devenue presque marginale en termes de consommation.

Que se passe t-il à l’étranger?

Je suis allé à nouveau regarder les données de l’OMS, qui portent sur des équivalents en alcool pur (par opposition au volume brut). Les États-Unis semblent montrer une stabilité remarquable au cours de la période, avec la bière comme leader clair (environ 50% du marché). Malgré son déclin, le vin reste la boisson préférée des Français de très loin (59% de la consommation d’alcool en 2013), et a vu sa consommation augmenter rapidement au Royaume-Uni, au détriment de la bière (le vin est passé de 18% à 39% sur 25 ans, la bière de 57% à 33%). Au Japon sa consommation a légèrement augmenté (d’environ 2% à environ 5%).

Alcohol share 1989

Alcohol share 2013

Bien qu’il y ait beaucoup plus de vin produit au Japon qu’au Royaume-Uni, il est clair que la progression du produit est plus lente ici. La consommation d’alcool au Japon est dominée par les spiritueux et les boissons à base de spiritueux.

Qu’en est-il de la distribution?

Je dis toujours à mes clients qu’une étape clé dans l’adoption du saké en tant que boisson courante est franchie lorsque le consommateur entre dans un magasin pour acheter une bouteille à l’associer à un repas fait maison, par opposition à la commander au restaurant. L’administration fiscale nous offre des indices sur les changements de modèles d’achat, grâce à leur comptabilisation des licences de distribution de détail. En 1995, les magasins spécialisés représentaient 78,8% des licences, devant les « convenient stores » (superettes ouvertes 24/24) avec 11,8%, et les supermarchés (4,8%). En 2013, les chiffres étaient de 31,2%, 32,6% et 12,5% respectivement. Alors que les magasins présents sur la toile Internet uniquement restent limités en nombre, il serait intéressant de voir combien ils représentent en volume de ventes …

Alcohol distribution

Une conclusion?

Cet aperçu des fondamentaux reste grossier, cependant je prends le risque de quelques commentaires:

– Pour reprendre sa place au Japon, le nihonshu (saké) doit prendre des parts de marché à celui des spiritueux ou des boissons à base de spiritueux, éventuellement celui de la bière, mais le vin n’est pas la cible ni le benchmark. A l’étranger cependant, c’est-à-dire pour le saké d’exportation, les enjeux sont différentes.

– Tandis que les ventes de prémix (cocktails préparés) forts en alcool croissent, celles des nihonshu comparables, à savoir le saké de table « industriel », continuent de diminuer. Ce segment de marché qui est critique demeure le plus difficile.

– La consommation globale de nihonshu a enrayé son déclin et s’est développée en valeur, car si le saké industriel continue de souffrir, le saké « premium » (de qualité supérieure) voit ses ventes augmenter rapidement. C’est une très bonne chose et je ne peux qu’espérer que les consommateurs de prémix ou de shochu de qualité moyenne (dilués dans l’eau) reviendront au saké, mais le chemin reste étroit, avec une forte pression sur les prix du segment « entrée de gamme  » au sein du saké « premium ».

– Contrairement au prémix, le nishonshu a une histoire à raconter. C’est un bel atout, cependant les changements dans les modes d’achat compliquent la chose. Il est plus difficile de raconter cette belle histoire dans conveniet store ou un supermarché que dans un magasin spécialisé.

– Enfin, n’oublions pas l’impact de la taxe sur les alcools, qui reste un levier important avec lequel le gouvernement peut jouer. Un certain nombre de produits qui sont entrés sur le marché pour concurrencer la bière ont été développés pour profiter de traitements favorables en matière d’accise fiscale.

(*) Le revenu disponible ajusté net des ménages est la somme dont dispose un ménage chaque année après impôts. Il représente le montant maximum qu’un ménage peut affecter à l’acquisition de biens ou de services.Le coût de la vie est pris en compte dans les chiffres du revenu et du patrimoine, puisque les valeurs indiquées sont corrigées des parités de pouvoir d’achat (PPA). Les PPA reflètent les différences de coût de la vie pour un panier comparable de biens et services consommés par les ménages.

Umebishio

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Dans mon entrée à propos de l’Irizake, je mentionnai l’Hishio. Présent dans les premiers textes écrits de littérature (anthologie de poésie Manyoshu compilée pendant l’ère Nara), l’Hishio avait son propre bureau dans l’administration impériale. Précieux assaisonnement introduit de Chine, sa recette a évolué depuis une sauce de poisson ou viande fermentée vers une fermentation de céréales après l’introduction du bouddhisme au Japon (6ème siècle), et de son régime végétarien tout ou partie adopté par la noblesse. Au Japon, il était désigné avec l’idéogramme chinois 醬 (jiang) qui, en Chine, faisait référence à une pâte de soja fermentée. De fait bientôt la pâte miso se développa à partir de la recette de l’Hishio, jusqu’à acquérir sa propre forme écrite (味噌, lu miso) au cours de la période Heian. Initialement placée au sein d’une catégorie de sauces et assaisonnements appelée Tamari, la sauce de soja quant à elle, émerge quelques siècles plus tard, acquérant son nom et ses idéogrammes au 16ème siècle: 醤油, c’est-à-dire shoyu. Celle-ci a progressivement remplacé l’Irizake plus difficile à conserver, et les autres formes de Tamari ou Hishio. Cet Umebishio en photo est une pâte de Hishio, de prunes marinées (Umeboshi) et d’algues Kombu, produite par Kyoto Ungetsu (京都 雲 月). Il révèle un fort umami, un caractère salé équilibré par l’acidité de la prune. Délicieux sur du riz fraîchement fraichement cuit (ou sur la pointe du petit doigt!), il vous fait reprendre de ce Kaze No Mori de la préfecture de Nara!

Parmi mes sources, je cite History of soybeans and soyfood, manuscript non publié du Soyfoods centre de Californie.

Umebishio

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In my entry about Irizake I mentioned Hishio. Found in early Japanese literature (Manyoshu poetry anthology of Nara era) it had its own department in the imperial administration. A precious seasoning introduced from China, it evolved from a fermented fish or meat sauce into a fermented sauce based on cereals after the introduction of Buddhism in Japan (6th century), whose vegetarian diet was adopted or at least strongly influenced nobility. In Japan it was designated with the Chinese ideogram 醬 (jiang) which, in China, was referring to a fermented soybean paste. And indeed, soon miso paste would develop from Hishio in Japan, until it acquired its own written form 味噌 (miso) during the Heian period. Initially falling under a category of seasonings called Tamari, soy sauce emerged a few centuries later, acquiring its own name and ideograms in the 16th century: 醤油, read shoyu. It progressively replaced more difficult to conserve Irizake as well as other forms of Tamari or Hishio. The pictured Umebishio is a paste of Hishio, sour plums and Kombu seaweed, produced by Kyoto Ungetsu (京都雲月). Its strong umami, its saltiness balanced by the plum’s acidity is a treat on freshly steamed rice (or on finger’s tip!). It makes you drink more of that Kaze no Mori sake from Nara Prefecture!

Amongst my sources is the interesting unpublished History of soybeans and soyfood, by the Soyfoods centre in California

Sebastien in Wonderland

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It was an unusual experience: flying overnight from Tokyo to Melbourne, rushing to iconic Central Business District and pushing the doors of the grandiose foyer area of prestigious business tower 101 Collins (you can discover it in the video about the 10 screens below), before passing through the low-ceiling “airlock” entrance to Lesley Kehoe galleries … and finding myself back in Japan, but sort of an heaven like one. Lesley has been a specialist of Japanese art for 30 years, and her gallery exhibits an exclusive selection of the works of a few contemporary artists. In this modern space, both warm from Lesley’s hospitality, and offering great volumes, it was a real joy to spend time in a womb, a casual ring made of 10 large folding screens belonging to a unique series by Japanese artist Motoko Maio (those reading my FB page Passerelle may be familiar with her name). Maio san is without doubt an inspired master of this art form, producing works that are both multiform sculptures, and functional space partitions. She has dramatically moved its boundaries, carried by her freedom of creation of new designs, while acknowledging the tradition of the genre. She displays amazing technical skills in the production of both the folding canvases and the motifs, a patchwork of old fabrics and papers, lacquer, precious or mundane metal foils, crushed stone… a cultural highlight of my stay “down under”. (panorama picture by my daughter Luna Mai)

Winter light

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Français après l’anglais

In “Kagurazaka” where we live, you have “Kagura”, i.e. sacred music.The area used to be primarily a place with shrines and temples according to scholars. This tiny-tiny inari shrine is squeezed between buildings, but winter light gets there, and warms one’s heart at the turn of the year.

Dans « Kagurazaka » (où nous vivons), il y a “Kagura”, la musique sacré. Le quartier était avant tout un lieu de rassemblement de temples et sanctuaires, d’après un spécialiste. Ce tout petit sanctuaire inari est comme squeezé entre les buildings, mais la lumière d’hiver l’atteint, réchauffant le cœur au passage de l’année.

Kuchikami sake illustrated

君の名は (Your name) has been taking people’s hearts in Japan and Asia. Locations that inspired Director Makoto Shinkai have become places of pilgrimage. In this story about high school students, sake plays a very short part, but is essential to the resolution of this complex fantastic intrigue. It is actually sake’s ancient sacred original shape called kuchikamisake, prepared in shrines as an offering to the kami (deities). Young shrine maidens chew steamed rice to start the saccharification process with their saliva (where starch is broken down into sugars), before spitting the mix that is left fermenting naturally. Consumed by priests, it enabled, I imagine, communion with the world of spirits. The process is illustrated…. By the way, I liked that “anime” very much!

NB : released in August 2016 here (and Xmas in France), it has become in Japan the fourth biggest box office success in history (click for a trailer)